Visite en Israël et Palestine

La situation en Israël est de nouveau très tendue suite aux échanges de tirs entre Gaza et l’armée israélienne. Cela exprime la non résolution des problèmes entre communautés et le manque de perspective qu’offrent jusqu’à présent les négociations pour la paix.

Dans un tout récent voyage en Israël et en Palestine, j’ai pu observer la situation particulière des Bédouins, dont la plupart des villages sont constamment menacés de démolition. Les Bédouins ont un sort peu enviable; leurs villages sont soit exposés à la pression des colonies dans les territoires occupés, soit « non reconnus » dans la zone du Neguev où pourtant ils sont venus après des déplacements forcés antérieurs; soit ils vivent dans des villages reconnus ou tolérés mais où aucune nouvelle implantation n’est autorisée; soit  enfin, ils sont dans des « townships », des villes où on les a placés et où leur mode de vie traditionnel est impossible à maintenir.
Dans toutes ces situations différentes, ils souffrent d’une grande précarité matérielle (menace de démolition) et aussi d’un manque des services publics élémentaires (souvent pas droit à l’eau ni à l’électricité, pas d’école ni de soins de santé dans les lieux « non reconnus »).

Même si le sort des Bédouins est souvent peu considéré, une solidarité s’installe entre eux et les Palestiniens également soumis à la pression des colonies de peuplement.
De part et d’autre, ils subissent la politique de ségrégation pratiquée par le gouvernement israélien et la main mise systématique sur les terres. Les discriminations sociales et politiques affectent leur vie de tous les jours mais aussi leurs perspectives d’avenir.
En effet, le gouvernement Netanyahou a le projet d’installer de nouvelles villes dans le Neguev, suite à la pression immobilière existant dans la région de Tel Aviv. Il ne semble pas tenir compte des droits fonciers des populations qui y vivent. La méthode est toujours autoritaire, les « résistants » sont soumis à des menaces sur leur liberté, certains sont moins citoyens que d’autres.

C’est pourquoi j’ai voulu interpeller notre Ministre des Affaires étrangères. Le gouvernement israélien n’est pas insensible aux pressions et surtout craint les sanctions économiques que l’UE pourrait déployer.

Vous pourrez constater que notre diplomatie suit en priorité les pourparlers des accords de paix et, bien que se disant attentive au problème des Bédouins, elle ne le considère pas comme prioritaire. J’ai insisté pour que l’accord de paix n’occulte pas la protection des droits de l’homme et les obligations de l’Etat d’Israël à l’égard de tous ses citoyens.

Vous trouverez la transcription de mes échanges avec le Ministre Reynders au sujet de la politique d’Israël envers les Bédouins ci-dessous :

Question de Mme Thérèse Snoy et d’Oppuers au vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et des Affaires européennes sur « le plan Prawer et le sort des Bédouins en Israël » (n° 22542)

Thérèse Snoy et d’Oppuers (Ecolo-Groen): Monsieur le ministre, je reviens d’un voyage en Israël. C’est la raison pour laquelle je voulais très rapidement vous interroger. J’ai pu me rendre compte de la situation des villages bédouins sur le terrain et j’ai constaté des variantes tant sur le plan du droit foncier que de la situation sociale des Bédouins.

Néanmoins, il est une constante: leur précarité matérielle et sociale. Tous ces villages, soit dans la partie réservée à Israël (dans le désert du Neguev), soit dans les territoires occupés, soit encore entre la ligne verte et le mur de séparation, sont menacés de démolition ou sont sans plan. Par conséquent, ces personnes ne savent jamais ce qu’elles peuvent faire ou investir pour s’établir et surtout, les terres dont elles ont besoin pour leur mode de vie traditionnel lié à l’élevage, sont reprises par l’État d’Israël. Selon ce dernier, les terres sont publiques, alors que nombre de Bédouins disent détenir un droit de propriété.

Dans ma question, je faisais référence au plan Prawer qui a été voté par la Knesset en juin 2013. Depuis, en me rendant sur place, j’ai appris que ce plan avait été suspendu en raison d’une divergence. Il manquait des voix pour l’approuver à la fois par la gauche et par la droite nationaliste, les uns estimant qu’il n’était pas assez généreux, les autres estimant qu’il l’était trop

Donc, ce plan Prawer qui vise à remettre les Bédouins dans des villes, des townships qui appliquent une politique de ségrégation et d’apartheid, aurait actuellement été suspendu. Mes collègues vous ont déjà posé des questions à ce sujet, la dernière en date étant celle de ma collègue, Eva Brems, à qui vous n’avez pas vraiment donné d’informations.

Avez-vous finalement agi au sujet du plan Prawer? En avez-vous parlé avec vos homologues israéliens? Avec quels résultats? Quelles mesures ont-elles été prises par vous-même ou vos diplomates?

Ayant rencontré l’ambassadeur en fin de séjour, je sais qu’effectivement la politique du gouvernement de M. Netanyahou est d’utiliser cette terre du Néguev pour construire de nouvelles villes au profit de la population juive, mais aux dépens des villages existants et des occupants actuels. Je voulais vraiment connaître quelles initiatives vous avez prises aujourd’hui face à cette politique.

Didier Reynders, ministre: Monsieur le président, madame Snoy, d’abord, je voudrais préciser que, comme vous l’avez rappelé, les débats relatifs à ce plan ont été suspendus, mais que la réflexion est toujours en cours sur une possible relance du plan dans les prochains mois.

Nous allons voir comment évoluera ce débat, notamment au sein de la Knesset, et nous resterons vigilants afin de nous assurer qu’une révision du plan n’offre pas moins de garanties encore que ce qui existait par le passé; au contraire, que l’on puisse voir comment renforcer les garanties. Mais pour l’instant, le débat, interne à Israël, est suspendu. Nous allons tenter d’en suivre l’évolution.

En ce qui concerne les actions concrètes entreprises par la Belgique, notre ambassade à Tel Aviv, elle aura sûrement l’occasion de vous le dire sur place, a effectué plusieurs visites sur le terrain et a rencontré les communautés de Bédouins ainsi que les ONG qui défendent leurs droits. Notre ambassade a également rencontré M. Begin, je pense, parce que c’est avec lui que les discussions avaient eu lieu sur le plan.

Mes services ont aussi reçu plusieurs ONG à Bruxelles qui nous ont informés en détail de la situation. Le fait que la Belgique, de concert avec d’autres pays de l’Union européenne, suivent la situation de près rend la mise en œuvre d’un éventuel plan restrictif plus difficile. Mais – je le répète -, nous allons voir comment le débat pourrait reprendre.

Lors de ma visite, je n’ai pas eu de débat spécifique sur la question. J’en ai parlé avec différents interlocuteurs, notamment à l’occasion de visites sur le terrain. La problématique est toujours la même: il s’agit de faire part aux autorités israéliennes de notre préoccupation concernant une éventuelle reprise des discussions qui pourraient limiter les droits des Bédouins dans le cadre de la mise en œuvre d’un plan.

Cela dit, vous comprendrez aisément que, lors de ma visite, ma priorité était de discuter des pourparlers de paix et de leur reprise. Mais je peux vous assurer que nous continuerons à suivre la question de près tant ici, lors de la visite de personnalités, qu’à Tel Aviv. Mais, pour le moment, nous attendons de voir s’il y a une reprise des débats à ce sujet au niveau israélien, à l’occasion de débats internes.

Thérèse Snoy et d’Oppuers (Ecolo-Groen): Monsieur le ministre, je suis heureuse d’entendre toutes ces initiatives. Toutefois, elles portent sur le débat parlementaire. Dans les villages, il y a encore des démolitions et des gens se sentent menacés tous les jours alors qu’ils ne demandent pas grand chose. Cela pourrait pourtant bien se passer. Ce serait même dans l’intérêt d’Israël que cela se passe bien, d’avoir une concertation. Il y a moyen de vivre en paix. Jusqu’à présent, les Bédouins ne peuvent pas être accusés d’être menaçants à l’égard d’Israël. Ils demandent simplement à pouvoir continuer à vivre et à préserver un certain modèle culturel.

Il faut insister sur le caractère inacceptable de ces menaces.

Les placer dans des townships, c’est pratiquer une politique d’apartheid! Il faut attaquer ce problème de front et exprimer notre désapprobation au gouvernement israélien à toutes les occasions possibles, même si je reconnais que le processus de paix doit être poursuivi par notre diplomatie.

Le problème des Bédouins est symptomatique des politiques menées par Israël et qui ne correspondent pas à notre conception des droits de l’homme.

L’incident est clos.

Commission des Relations extérieures

Mardi 11 mars 2014- Après-midi

Comments (1)

HERVEmars 14th, 2014 at 12:58

Je me demande ce que Didier Reynders pense sincèrement de ce problème, lui qui était très proche de Jean Gol et qui a d’ailleurs été en Israël pour inaugurer un monument à la gloire de ce ministre PRL de la Justice qui avait lancé l’« opération Mammouth » dans les années 1980.

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