La Résolution Ecolo-Groen ! sur la protection de l’Arctique finalement votée à la Chambre avec un large consensus !

Ecoutez également le podcast de la brève interview de Thérèse Snoy:
Planète Première (RTBF), 1 min 49 – jeudi 19/05/2011

Malgré les pressions du Canada et autres pays riverains, qui avaient retardé son adoption, la Chambre a voté à la quasi unanimité ce 19 mai 2011 la résolution déposée par Thérèse Snoy au nom du groupe Ecolo-Groen ! visant à défendre au niveau international et européen une convention pour la protection de la zone Arctique et un moratoire de la prospection et de l’exploitation des ressources pétrolières .

Votée une première fois le 28 février 2011, le texte avait été retiré de la plénière suite à des pressions exercées par les ambassades du Canada et d’autres pays riverains de la zone Arctique. Des auditions ont eu lieu associant des scientifiques, la Fondation polaire et les représentants du Danemark et de la Norvège.
Elles ont permis d’affiner les termes de la Résolution, sans pour autant l’affaiblir.
Le Ministère des Affaires étrangères a apporté son soutien au nouveau texte, introduit par Thérèse Snoy  et cosigné par le Président de la Commission, Monsieur FX de Donnéa.
Selon le texte adopté, la Belgique doit promouvoir le renforcement de la gouvernance internationale en Arctique par un protocole international. Celui-ci devra tenir compte des droits et besoins des populations indigènes et des Nations de la région. Il confirmera la valeur de « patrimoine de l’humanité » de la zone arctique et mettra un terme à l’appropriation des eaux internationales.
Il est demandé au gouvernement belge de promouvoir un moratoire sur toute exploration et extension d’exploitation de ressources minérales. Par ailleurs, la sécurité du trafic maritime doit être renforcée et un « Code polaire de la navigation arctique » doit être adopté afin de prévenir les risques d’accidents. .
En effet, la situation de la région Arctique est de plus en plus critique sous plusieurs aspects. Le recul de la banquise est tel que l’on envisage une fonte totale des glaces en été à partir de 2015. Or, cette fonte accélérée augmente les taux de certains polluants comme le mercure dans la chaîne alimentaire ; prive de plus en plus les populations indigènes (Inuits) de ressources et les réduits à la marginalité, fait exploser le trafic maritime et la course à l’or noir.
Une résolution du Parlement européen, votée en janvier 2011 a déjà initié la mobilisation au niveau européen. Le parlement belge va donc plus loin en demandant un moratoire sur l’exploitation des ressources minérales, ce qui se justifie pleinement au vu des risques de toute forme d’exploitation et de navigation dans un milieu marin extrêmement sensible.
Protéger l’Arctique est la responsabilité de tous, car c’est un maillon essentiel du patrimoine de l’Humanité.

Mon intervention en séance plénière de la Chambre le 19 mai 2011

« L’Arctique, c’est comme un canari dans une mine de charbon: c’est une
alerte pour le climat de la planète »
….« Les scientifiques ont constaté ces deux dernières années une soudaine et importante augmentation des émissions de méthane, l’un des gaz à effet de serre les plus agressifs et donc l’un des principaux responsables du réchauffement climatique. L’Arctique est l’endroit où le réchauffement climatique est le plus rapide au monde. On dirait qu’il agit au ralenti mais en réalité il se fait de plus en plus rapide. Beaucoup plus que prévu »
Bank I Moon le 2 septembre 2009

L’Arctique est donc le thermomètre qui indique la mesure des changements planétaires et les changements de cet écosystème fragile sont déterminés par les émissions de gaz à effet de serre dans toute la planète et en particulier les nôtres, celles des pays industrialisés. Et puis par nos émissions de polluants organiques persistants qui remontent par la voie atmosphérique vers les pôles et vont se loger dans les organismes vivants en se concentrant dans le sang des  mammifères.  Nous sommes donc tous co-responsables de la situation actuelle en Arctique et c’est pourquoi nous devons nous en préoccuper.

La zone Arctique n’est pas un vide, une plaque de glace, un manteau blanc …Il y a de la vie et d’abord des populations « premières » qui sont les Inuits et dont la culture recèle des trésors d’intelligence, intelligence signifiant une compréhension, une adaptation et une harmonie avec les écosystèmes dont nous ferions bien  de nous inspirer.

Jean Malaurie, ethnogéographe, qui a vécu avec eux et s’est consacré à leur soutien pendant quasi 50 ans, qui aujourd’hui est nommé par l’UNESCO l’ambassadeur de bonne volonté pour les régions arctiques, écrivait récemment :
«  c’est une ardente obligation d’exalter ces peuples, dont le patrimoine peut être le levain d’une humanité qui se construit. Ils n’ont pas eu beaucoup de chance : niés dans leur culture, parce que jugés «  primitifs », ils se voient précipités avec le réchauffement dans un développement pétrolier qui risque d’être leur perte. »

La zone arctique contient de la biodiversité animale et végétale ; vu les conditions extrêmes, les espèces et formes de vie qu’on y trouve sont fragiles et menacées de disparaître à cause de la fonte des glaces et du dégel. L’ours blanc en est l’emblème mais il y en a bien d’autres. La mer de Baffin abrite entre 80 et 90% des narvals au monde. La région héberge également des baleines bleues, des phoques, des requins, des cormorans, des mouettes tridactyles et de nombreux autres oiseaux migratoires.

La fonte des glaces en zone arctique provoque des changements dans l’absorption du rayonnement solaire et ceci peut conduire à des modifications des courants marins. La fonte des glaciers du Groenland peut faire monter le niveau de la mer, ce qui peut à son tour modifier l’axe de rotation de la terre. Ce sont aujourd’hui des hypothèses scientifiques, mais on peut voir l’énorme importance que cela représente pour le monde entier.

Nous n’éviterons sans doute pas des modifications de l’écosystème arctique. Même la meilleure des conventions internationales ne les évitera pas. Cependant un instrument de gouvernance multilatéral spécifique à la zone, global et contraignant serait une façon de mieux maîtriser ces changements dans la coopération, et dans la précaution.

Car la précaution fait face aujourd’hui à la convoitise. La fonte des glaces ouvre des routes plus courtes pour les transports maritimes ; le dégel des terres et des mers ouvre la porte à des volontés énormes de prospection et d’exploitation des ressources minières et pétrolières en particulier.
D’après l’Institut américain d’études géologiques, les réserves offshore en Arctique contiennent 90 milliards de barils de pétrole techniquement extractibles.
Suite à l’achat de licences de forage par des sociétés telles que Cairn Energy, Chevron et Exxon Mobil, l’activité industrielle pétrolière sur la côte ouest du Groenland s’accélère considérablement.

Il est paradoxal de constater qu’à l’heure où les pays reconnaissent le problème climatique, affichent des objectifs de réduction de GES ambitieux, ils se précipitent pour exploiter du pétrole là où c’est le plus difficile et le plus dangereux.

En effet,
– La saison de forage est courte et se termine avec l’arrivée du gel hivernal et l’épaississement de la couche de glace qui rend impossible le forage de puits principaux ou de secours.
– Au cas où un puits de secours ne peut être mis en place avant l’arrivée du gel hivernal, une éruption pourrait causer une fuite de pétrole non détectée pendant deux ans et le pétrole déversé resterait enfoui sous les couches épaisses de glace.
– Les conséquences environnementales d’un déversement en Arctique sont d’une ampleur nettement plus grave que dans le cas d’une telle catastrophe dans des eaux plus chaudes comme le Golfe du Mexique. Des impacts graves du déversement causé par le naufrage de l’Exxon Valdez en Alaska se font encore ressentir 20 ans après la catastrophe.
D’après un haut responsable d’une entreprise canadienne spécialisée dans les interventions post-marées noires, « il n’existe, à l’heure actuelle, aucune solution ou méthode qui nous permettrait de récupérer du pétrole en cas de marée noire en Arctique ».
– Températures glaciales, conditions climatiques extrêmes et éloignement géographique constituent de sérieux obstacles aux interventions de dépollution.
– D’après les estimations de l’agence américaine Minerals Management Service, les blocs de concession situés dans l’océan Arctique ou à proximité de l’Alaska ont une chance sur cinq d’être à l’origine d’une marée noire importante au cours de leur durée d’exploitation.
– Au cours des dernières années, les dangers liés aux icebergs ont augmenté car plusieurs grands glaciers du Groenland ont commencé à se désintégrer en raison des changements climatiques. Il est probable que certains de ces icebergs soient trop gros pour être remorqués hors du passage des appareils de forage. En d’autres termes, les plateformes elles-mêmes devront être retirées à brève échéance.

L’exploitation minière dans le grand Nord canadien qui a été lancée en grande pompe par le gouvernement canadien est tout sauf « durable ». D’après des témoignages relevés dans le Soir du vendredi 13 mai, c’est « Germinal au pays des caribous ». On assiste à des destructions de villages entiers sans le consentement des populations, à des pollutions graves et des atteintes à la santé.

Notre résolution doit s’intégrer dans une mobilisation internationale en faveur d’une protection de l’Arctique. Le parlement européen nous a précédés en votant le 11 janvier dernier une résolution, mais la nôtre va plus loin en demandant « l’instauration rapide d’un moratoire sur toute l’activité d’exploration et toute expansion des activités d’extraction des ressources minérales en région arctique, à tout le moins dans les zones maritimes ».
Nos diplomates, nos experts et scientifiques doivent aujourd’hui défendre cet objectif en concertation avec les Etats membres de l’Union européenne, et au-delà auprès des pays réunis dans le Conseil de l’Arctique.
La conférence qui s’est tenue la semaine dernière à Nuuk a abouti à un engagement de secours mutuel en cas de détresse dans les zones maritimes. Les points litigieux ont été laissés de côté.
Il est urgent d’intervenir à tous niveaux pour sauver l’Arctique d’une exploitation largement trop risquée.

Pour conclure, je vous incite à prendre connaissance du livre d’Isabelle Stengers, philosophe à l’ULB, « Au temps des catastrophes, résister à la barbarie qui vient ». Elle nous invite à sortir de la rage de l’impuissance grâce à l’anticipation des accidents écologiques à venir. « Faire attention, dit elle, demande le contraire de l’anesthésie, le courage de l’imagination, la capacité d’envisager le possible improbable ».

Enfin, je tiens à remercier le président de la Commission des relations extérieures, Monsieur de Donnéa, pour son investissement et son soutien dans ce dossier.

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