Alimentation et Relocalisation de l’agriculture

Synthèse de la table ronde du 13 juin 2008, sur « Alimentation et Relocalisation de l’agriculture »

La question posée cet après midi là était de savoir par quels moyens et en suivant quelles pistes, on pouvait mettre ou remettre en place des circuits de produits alimentaires plus courts, moins coûteux en transport et en impacts environnementaux, plus liés aux territoires et aux terroirs.
Il est important de noter que le concept de relocalisation ne doit pas s’appliquer uniquement aux produits et viser des relations directes entre producteurs et consommateurs, mais qu’il doit s’appliquer aussi aux modes de production, visant dès lors une restauration des complémentarités naturelles (cycle des matières, énergie, équilibres animal-végétal, équilibre des écosystèmes)…


Le professeur JF Sneessens a tout d’abord exposé le contexte dans lequel se situe l’agriculture d’aujourd’hui. Il a identifié les « tendances lourdes » allant dans un sens opposé à cette relocalisation, telles que l’industrialisation de la production, la recherche de prix bas par le consommateur et bien sûr le credo néolibéral tendant à diminuer voire à supprimer l’intervention publique dans les marchés. Heureusement il a identifié aussi des facteurs positifs qui sont d’une part les attentes des consommateurs en faveur de produits différenciés et du terroir, et d’autre part le prix croissant de l’énergie, et donc du transport qui favorisera les circuits plus courts.

Les outils à disposition des pouvoirs publics se trouvent essentiellement aux mains de l’OMC et de l’UE. Il s’agit du maintien d’instruments stabilisateurs tels que les quotas laitiers par exemple, et de la prise en compte des externalités dans les prix des produits (incitants pour produits bio, taxe CO2, ….). Cette prise en compte est indispensable si on veut favoriser les produits locaux et les produits de pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement.

Nous avons retenu de l’exposé de Pierre Stassart l’importance d’avoir une approche multidimensionnelle pour évaluer les produits alimentaires ; nous ne pouvons nous limiter à l’approche « food miles » (nombre de kms parcourus), ni même à celle de l’empreinte écologique. Le modèle social de production doit aussi entrer en ligne de compte; le DD est il « indécidable » ? Il y a toujours plusieurs critères et certains seront contradictoires. Une approche « territoriale » pourrait être la solution. Les produits sont ils adaptés aux pratiques sociales et à la durabilité dans un territoire donné ?

La production de miel à Bruxelles et de la mise en réseau des producteurs pour créer une filière est sans nul doute un bon exemple. Elle illustrait bien aussi la nécessité d’organisations collectives et de plate-forme d’échanges pour acquérir un poids spécifique, une capacité à valoriser les produits, et un rapport de forces face aux chaînes de distribution.

Les autres intervenants et les membres de l’assemblée ont mis l’accent sur d’autres principes et outils politiques soit insatisfaisants dans leur forme actuelle soit à mettre en place pour servir cet objectif d’une agriculture plus durable :
– le principe de souveraineté alimentaire, particulièrement défendu par la FUGEA et par Diobass, qui doit s’appliquer tant au Nord qu’au Sud
– une réorientation de la PAC vers un plafonnement des aides, le maintien des outils de gestion de l’offres et un soutien accru aux petits producteurs
– une révision des normes de l’AFSCA, excessives tant au niveau des producteurs agricoles qu’au niveau des cuisines collectives
– la nécessité de sauver les savoirs agricoles et culinaires de chaque pays et de les transmettre aux jeunes générations, de nouveau au Nord comme au Sud, dans toute la chaîne de la production alimentaire
– le soutien aux groupes d’achats en commun et aux différentes formes collectives d’autoproduction (comme les potagers solidaires), qui ont en outre une fonction de réinsertion sociale
– le soutien à de nouveaux producteurs bio en leur facilitant l’accès à la terre
– la possibilité d’imposer aux grandes surfaces un quota de produits locaux et bio, à l’image du mécanisme des certificats verts en énergie. Ce projet sera étudié au niveau fédéral !

Enfin, on a souligné l’importance d’autres dimensions liées à la nourriture telles que la recherche de santé et de bien-être, le plaisir sensoriel, le contact avec l’animal, l’insecte, la terre, bref toute la dimension incarnée de notre relation au monde qui passe par la production et la consommation de nourriture.

Thérèse Snoy
20 juin 2008

Table-ronde : Alimentation et Relocalisation de l’agriculture
Le vendredi 13 juin de 13h30 à 17h (Namur, Espace Kegeljan, Avenue de la Marlagne, 52)

Comment favoriser une agriculture locale et des produits locaux dans le contexte d’une agriculture qui se globalise ?

Le secteur agricole et les petits producteurs et transformateurs perdent des emplois et se trouvent marginalisés dans le débat sur l’avenir de nos systèmes alimentaires; le rôle social des agriculteurs et des artisans locaux disparaît; Comment retisser des réseaux de producteurs et transformateurs pour dynamiser la consommation de produits localisés et les liens sociaux autour de l’alimentation et du territoire ? Quels sont les atouts et les pièges de la relocalisation de l’agriculture ? Est-elle une voie pour répondre aux multiples défis du développement durable ? Est-elle une voie pour rendre accessible financièrement une alimentation saine et à faible empreinte écologique ?

PROGRAMME

– Intervenants :

:: J-F. Sneessens, Confédération belge des betteraviers (CBB)
:: Pierre Stassart, sociologue, ULG-campus d’Arlon

– Questions-réponses

– Panel :

:: Françoise Caudron, Equipes populaires
:: Hugues De Bolster, Diobass
:: Hermann Pirmez, Bioforum
:: Philippe Renard, Convivium Slow Food Liège, responsable de la restauration collective d’Ethias-cuisine 85 % bio
:: Xavier Delwarte, Secrétaire général de la FUGEA

– Conclusions politiques :

:: Thérèse Snoy, députée fédérale ECOLO

Pour tout renseignement : Laurence.lambert@etopia.be
Inscription souhaitée : reza.opdebeeck@ecolo.be

Comments (1)

Rezajuin 23rd, 2008 at 10:57

Vous trouverez sur le site internet « Des solutions pour chacun » les présentations des intervenants, des enregistrements sonores, des photos et les conclusions de notre table ronde du 13 juin dernier sur l’Alimentation et la Relocalisation de l’Agriculture.

Une seule adresse :
http://www.dessolutionspourchacun.be/spip.php?article50.

Bloquez également dans votre agenda l’après-midi du 12 septembre, à Namur, pour notre quatrième et dernière table ronde sur « Collectivités : vers une alimentation durable ». Plus d’info suivront dans les semaines à venir…

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