Alimentation et Environnement

Conclusions de la Table-ronde « Alimentation et Environnement »

23 mai 2008

Parlement fédéral, Bruxelles

Pour tenter de résumer le débat très triche qui a suivi les interventions des orateurs et des panelistes, je retiens les réflexions suivantes :

I) Du côté « production » de l’agriculture :

a) L’impact environnemental et en émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture est controversé. Les chiffres en pourcentage des gaz à effet de serre sont différents selon les sources. Il serait bon d’avoir des références solides et précises.

b) Les agriculteurs en Europe sont soumis à des contraintes et à des contrôles importants, tant au niveau de l’environnement qu’au niveau de la sécurité alimentaire. Ils défendent donc la qualité de leur production.

c) La question de la viande et de l’affectation des terres et des céréales et/ou protéines végétales à la production animale est également controversée. Si certains ont largement démontré que les élevages intensifs entrainaient une importation massive d’azote dans nos écosystèmes, suite aux accords tarifaires favorables aux Américains, d’autres ont défendu la production de viande bovine wallonne, sur pâturage, pour ses avantages en terme d’emplois agricoles et de qualité.

d) Il a aussi été question d’encourager l’autoproduction alimentaire – et à ce sujet les normes de l’AFSCA ont été dénoncées pour leurs excès hygiénistes – mais dans un sens solidaire, comme les potagers collectifs, etc.

e) S’il y a un point qui faisait consensus c’était la priorité à accorder aux productions locales et régionales par rapport aux productions de pays lointains.

II) Du côté des consommateurs :

a) La difficulté première est d’obtenir des changements de comportements, d’autant plus qu’il s’agit d’une activité intime, quotidienne, identitaire, culturelle.

b) La transmission des savoirs alimentaires est défaillante : la connaissance de la saisonnalité des fruits et légumes, des variétés, de la façon de cuisiner les produits frais.

c) Les consommateurs sont mal informés car l’étiquetage est défaillant ou illisible, en particulier sur la provenance, et les allégations publicitaires induisent en erreur. Les diapositifs de Dominique Perrin l’ont bien montré.

III) Du côté politique :

a) Les règles de l’OMC ainsi que certains accords tarifaires internationaux (droits de douane abaissés sur soja importé), pèsent évidemment de tout leur poids sur les flux des échanges alimentaires. Dans un marché ouvert et suite à l’interdiction actuelle de baser un refus d’importation sur des modes de production, il est difficile d’empêcher l’importation de produits étrangers, si nous ne pouvons pas prouver un risque pour la santé ou l’environnement.

b) Les coûts externes du mode de production, du transport, de la transformation ne sont donc pas intégrés dans le prix des produits.

c) Pour les prendre en compte, les politiques doivent disposer de données objectives sur les écobilans.

d) Les politiques doivent former des alliances avec la société civile, avec ceux qui défendent une alimentation de qualité : les agriculteurs doivent faire partie de cette alliance mais aussi les acteurs de la santé, les organisations de consommateurs, d’environnement, et aussi des acteurs de la transformation et distribution alimentaire.

e) Les politiques doivent développer une « politique alimentaire ». Il n’y en a pas aujourd’hui : trouver la bonne façon, le bon moment et la bonne cible pour réglementer. Il s’agit aussi de trouver les moyens pédagogiques d’une diffusion large de nos messages, en insistant sur les aspects positifs d’un régime alimentaire nouveau.

IV) Conclusions : « Quelle politique alimentaire ? »

Des mesures doivent être envisagées dans les domaines suivants :

a) Dans les négociations internationales, travailler à la reconnaissance de la souveraineté alimentaire et donc à la possibilité pour les Etats d’invoquer cette souveraineté pour se protéger contre des importations qui mettraient en danger l’agriculture vivrière, l’environnement et la santé publique.

b) Au niveau européen, orienter la réforme de la PAC vers la restauration des sols, la prise en compte de critères environnementaux et le soutien aux circuits courts et à l’agriculture bio.

c) Au niveau belge, nous avons à travailler sur :

– Les normes de l’AFSCA de façon à éviter les absurdités hygiénistes et favoriser les petits producteurs.

– L’obligation d’information sur la provenance et le mode de transport des aliments.

– Un véritable contrôle des prix des denrées de base.

– La fiscalité sur les produits, le transport, les acteurs de la chaîne alimentaire de façon à favoriser les produits écologiques.

– La recherche scientifique.

d) Au niveau communautaire, sur des campagnes de sensibilisation des consommateurs à une alimentation bonne pour la santé et pour la planète.

Thérèse Snoy

Députée fédérale

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