2e jour du sommet FAO…

Rome, le 4 juin 2008

Les négociations sur la déclaration finale du Sommet ont repris ce matin et se poursuivent ce soir.

Comme je l’ai dit hier soir, le texte apparaît à première vue très pâle dans ses intentions et trop centré sur les mesures à court terme.

Cela est d’autant plus flagrant quand on lit les excellents dossiers distribués par la FAO qui analysent les causes et impacts de la hausse des prix alimentaires et le rôle des bioénergies.

On peut y lire que le problème est vraiment structurel et que les solutions doivent l’être aussi.

Un paragraphe qui pose problème est celui qui évoque le rôle des biocarburants et les mesures à prendre à ce sujet. On voit se former d’étranges alliances : d’un côté les pays producteurs de pétrole et les pays importateurs de denrées alimentaires et de l’autre les pays producteurs de biocarburants. Les uns contre le développement de ces cultures et les autres pour évidemment ! Une façon de mettre tout le monde d’accord est d’ajouter le mot « sustainable » un peu partout, ce qui cadre vaguement les conditions du développement de ces productions végétales. Une chose semble positive, c’est la volonté d’un dialogue international à ce sujet pour définir des conditions de production qui soient acceptables et non concurrentes avec la production alimentaire.

A me demande, la délégation belge s’est réunie en fin de matinée pour voir sur quels points de la déclaration il y avait encore moyen de faire pression en vue d’améliorations du texte.

Les ONGs présentes ( Oxfam, Vredeseilanden et le CSA) ont insisté sur l’incompatibilité de la sécurité alimentaire et du forcing exercé à l’OMC pour clôturer le plus vite possible le round agricole. Je les ai soutenues bien sûr.

Heureusement l’Union européenne a obtenu la suppression du paragraphe apologétique sur la libéralisation des échanges. Mais rien n’est encore garanti sur ce point.

J’ai demandé aussi une modification du paragraphe qui évoque la nécessité de recherches scientifiques et de transferts technologiques pour améliorer la productivité agricole. Ma demande était que ces transferts de technologies soient adaptés aux écosystèmes et qu’ils n’entraînent pas une désappropriation des paysans. Vous comprendrez que je visais les OGM, qui sont considérés par les Etats-Unis et d’autres pays émergents comme la solution miracle pour nourrir la planète. Il a été convenu que la Belgique demanderait que ces transferts technologiques soient « durables ». Ah ce mot fourre tout ! mais c’est mieux que rien.

Je dois reconnaître la bonne volonté des négociateurs pour intégrer nos remarques, mais il faut encore qu’ils obtiennent gain de cause via l’UE qui parle par la voix de la France.

L’après midi, nous avons assisté au discours de notre Ministre ; en 5 minutes, il fit, de façon très éloquente, deux propositions telles que promises à la Chambre la semaine dernière : passer à 10 puis à 15 % la part de l’agriculture dans l’aide au développement, et procéder à des achats locaux dans les programmes d’aide alimentaire. Bien dit mais un peu court sur les solutions structurelles.

Madame Fischer Boel qui le suivait de peu a eu un discours néo-libéral assez caricatural, bien plus à droite que les positions tenues par les représentants de l’UE dans la négociation du texte. Elle vanta le fait que la réforme de la PAC allait encourager les mécanismes de marché et que le prochain accord de l’OMC sur l’agriculture permettrait plus d’offre et donc d’exportations et de solutions aux pays du Sud.

Le représentant du Parlement européen (commission du développement) donna un point de vue plus critique du modèle « tout au commerce ».

Comme quoi, la diversité est encore bien présente en Europe.

Cette nuit, les négociateurs remettent le texte sur le métier. Notre délégation est au boulot. Il était question de recommencer toute la rédaction des paragraphes contestés.

Selon certains représentants belges à Rome, l’important est que les institutions de l’ONU se coordonnent enfin et que le soufflé ne retombe pas après. Ils espèrent pouvoir renouveler le rôle de la FAO à l’occasion de cette crise.

Cela donnera t’il à manger aux peuples affamés ?

Les intentions sont bonnes à court terme et des milliards seront dégagés, mais je doute beaucoup qu’ils suffiront à réorienter les modes de production agricoles et encore moins les modes de consommation.

Ce n’est pas au sommet que cela commencera en tout cas…

TS 4 juin 08

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