Echos du parlement

Après une nuit de maisi belle sous les étoiles et si amère sous les voûtes du parlement belge !!

img_box2.jpg Cette semaine parlementaire a fait l’objet de beaucoup d’articles dans les médias, que vous aurez lu avec perplexité ou ennui ou désespérance, comme en témoignent les sondages sur l’état de l’opinion publique à l’égard de tous ces événements politiques.

Nous aussi parlementaires avons du prendre sur nos réserves de patience, d’humour et d’auto-dérision pour ne pas sombrer dans le cafard, face à la débauche d’énergie passée à poser des sparadraps sur les blessures de notre vieille dame Belgique.

Avec un peu de recul et sous le soleil de ce week-end radieux, j’essaye de revenir sur ces péripéties pour en tirer quelques réflexions plus profondes…

Ce qui est en jeu, derrière le feuilleton de BHV, c’est de savoir ce qui détermine et protège l’identité d’une population et d’une culture. Pour les Flamands, la notion de territoire est essentielle ; selon leur conception, un territoire doit être géré de façon homogène, et la population qui y vit a des droits et devoirs identiques. Ceci jusque dans le détail des obligations administratives et des programmes scolaires. La connaissance et la pratique de la langue devient une obligation civique, et même la condition d’accès aux services publics.

Pour les Francophones, c’est la logique des droits des personnes qui est privilégiée et, sur base de la présence de plusieurs communautés linguistiques sur un même territoire, ils revendiquent des droits spécifiques à chaque communauté.

La logique des uns est refusée par les autres, chacun craignant de perdre de la place et du pouvoir en suivant la logique de l’autre.

Il n’est effectivement pas simple de trancher en faveur de l’une ou l’autre logique.

La logique du territoire a l’avantage de maintenir, à travers les institutions et les services publics, un mode de fonctionnement commun au sein d’une collectivité. Il est logique qu’un citoyen parle la langue du pays où il vit, même s’il a d’autres origines et une autre langue maternelle. Une communauté a le droit d’imposer des règles de vie pratique, un système de lois et règlements, d’autant plus qu’il est le fruit d’un mode de décision démocratique.

Mais jusqu’où peut-elle nier les différences culturelles et linguistiques et la diversité des expressions qui en découlent ? Elle n’y a pas intérêt car elle appauvrirait la créativité, la capacité d’innovation, les échanges, et fera fuir les élites intellectuelles.

La logique du droit des personnes repose elle sur le respect de l’identité dans ses dimensions linguistiques et culturelles et permet d’affiner le système de droit commun, pour tenir compte des diversités. Mais elle ne peut aller trop loin car mènerait à un individualisme excessif, où chaque communauté vivrait dans sa bulle et le sens du bien commun disparaîtrait.

L’excès dans l’une ou l’autre logique amène à l’appauvrissement. Tout est donc question d’équilibre.

Il me semble, – mais je suis francophone et donc peu menacée dans mon identité culturelle- que dans le cas de BHV, les Flamands poursuivent une logique d’homogénéisation qui est excessive et dépassée par l’évolution des sociétés. De toutes façons, nous allons vers une société multi-culturelle ; la protection des minorités est reconnue dans le droit international et le respect des identités culturelles et religieuses est un enjeu difficile mais obligatoire à affronter pour l’avenir

La scission de l’arrondissement BHV serait acceptable, si on pouvait garantir pour les habitants de HV le maintien de droits pour les francophones tels que l’enseignement en français (et pourquoi pas bilingue ?) et le droit d’être jugés dans leur langue. Enfin, il faudrait une circonscription électorale nationale, qui permette à tous les Francophones des Flandres et à tous les Flamands de Wallonie de voter pour des personnes de leur langue et qui ont un mandat national.

Or tous les partis politiques flamands, pour le moment, veulent la fin des facilités et la scission de l’arrondissement judiciaire. Et, à part Groen !ils ne veulent pas de la circonscription nationale. Le problème vient non pas de leur demande initiale mais du fait qu’ils veulent atteindre leur objectif sans discussion, ni compensation.

Donc il n’est pas évident d’apaiser le conflit, et cela doit nous pousser aussi à bien réfléchir à ce vers quoi nous allons en termes de respect des identités et des minorités. Comment défendre le droit des minorités (ou majorités) francophones en Flandre, sans poser la question des minorités marocaines et turques à Bruxelles et en Wallonie ?

Sur quel socle commun repose notre démocratie ? Comment trouver l’équilibre entre ce socle commun à sauvegarder, basé sur les valeurs humanistes et démocratiques, et en même temps accepter les expressions des traditions multiples qui cohabitent sur notre territoire ?

Au fond, cela valait sans doute une nuit blanche ! Mais il n’était pas évident de réfléchir dans les conditions de tension du débat parlementaire. A poursuivre donc au sein des partis et dans tous les lieux de notre démocratie.

Thérèse Snoy

11 mai 2008

Comments (1)

Bernard Snoymai 16th, 2008 at 11:02

Chère Thérèse,

Tes réflexions sont équilibrées et je partage tes conclusions.

J’ajouterais deux arguments :

1. Le débat ici porte sur la périphérie de Bruxelles, capitale du Royaume et siège des institutions européennes, et non sur une zone quelconque de la région flamande où subsisterait une minorité francophone, qui devrait à terme s’intégrer; il est sociologiquement inévitable que, dans sa croissance organique, la population de Bruxelles connaisse une expansion vers sa périphérie sans vouloir perdre son identité culturelle de départ, le plus souvent francophone. La population anglophone de la périphérie est aussi en croissance et, que nous le voulions ou non, l’Anglais devient la « lingua franca » de l’Europe; si elles voulaient encourager le multilinguisme plutôt que l’uni ou le bi-linguisme, la Région flamande et les communes de la périphérie pourraient être des pionnières en Europe. Certaines communes du Brabant wallon pourraient les imiter.

2. Tout compte fait, le compromis de 1963 créant l’arrondissement électoral de BHV n’était pas si mauvais que cela; c’était la contrepartie du renoncement au volet linguistique du recensement imposé par les Flamands. C’est le changement récent des circonscriptions électorales qui a créé l’asymétrie à laquelle la Cour d’arbitrage a demandé de mettre fin. Il suffirait de retourner aux anciennes circonscriptions.

Sur cette mauvaise controverse, je trouve que les Francophones doivent rester fermes car la logique nationaliste ne peut jamais être apaisée; elle veut toujours aller plus loin dans la scission en vue d’une homogénéisation mythique de la société.

Par contre, je suis partisan de donner satisfaction aux Flamands sur des thèmes de gouvernance, de responsabilisation à l’égard des enveloppes budgétaires reçues et de différentiation des politiques économiques et sociales si les circonstances objectives ou les préférences politiques sont significativement différentes entre les régions. Beaucoup de Flamands se disent prêts à maintenir la solidarité si la transparence et la responsabilisation sont assurées.

Bonne semaine,

Bernard

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