Une cacahuète creuse avec rien dedans !

arton639-200×134.jpg Ce jeudi 29 novembre, les partis de la future majorité Orange bleue auront voté en séance plénière un texte… vide de sens ! La « résolution Bali » était l’occasion de donner un mandat clair et ambitieux à la délégation belge, qui se rendra le 3 décembre en Indonésie pour discuter de l’après Kyoto à la conférence internationale sur les changements climatiques.

Au lieu de cela, et au mépris total de trois semaines de travail parlementaire pour accoucher d’un texte remportant l’adhésion de tous, l’Orange bleue a préféré opter pour… une absence d’opinion. Elle s’en remet donc à de vagues conclusions émises par un groupe de travail dont personne ne connaissait l’existence ! Monsieur Melchior Wathelet, défendant avec beaucoup d’aplomb la position des sociaux-chrétiens et des libéraux, était pourtant lui-même bien incapable de dire quel était le contenu de ces conclusions…

Afin de vous donner tout de même un peu de fond à lire sur cet enjeu important que représente la conférence de Bali, voici ci-dessous mon intervention à la tribune de l’hémicycle, où je défends certains points, qui me tiennent particulièrement à cœur, de la résolution Ecolo-Groen! initialement déposée par mes collègues Tinne Van der Straeten et Philippe Henry.

Intervention à la Plénière du jeudi 29 novembre 2007:

Comme l’ont dit mes collègues, le groupe Ecolo-Groen! souhaitait faire de la tenue de la conférence de Bali, l’occasion pour une réflexion constructive et un débat parlementaire sur cet enjeu vital qu’est la lutte contre le changement climatique;

N’est-il pas temps en effet que le Parlement démontre aux citoyens qu’il s’engage et travaille sur de vrais enjeux, qu’il prenne en compte les risques qui pèsent sur notre économie, sur notre environnement et sur notre société toute entière à court et à moyen terme, et qu’il démontre une capacité de vision et d’anticipation des défis de l’avenir ?

Inspirés par l’initiative du Parlement européen, nous avons déposé une proposition de résolution très large et complète, avec quelques compléments appropriés au cas de la Belgique. Elle a fait l’objet de manœuvres dilatoires de la part de députés oranges et bleues et, comme vous l’aurez constaté, a été remplacée par un paragraphe vide de sens et dont la référence semble inexistante. Aucun débat de fond n’a pu avoir lieu malgré 3 sessions de la commission. Qui a peur d’un débat sérieux sur la position belge dans la lutte contre le réchauffement ?

Nous constatons avec amertume dans ces manœuvres une tendance à dénigrer la fonction parlementaire, ce qui est d’autant plus paradoxal que nous sommes en affaires courantes. En tant qu’écologistes, nous trouvons que le Parlement doit jouer pleinement son rôle dans le débat sur le changement climatique. Notre assemblée doit proposer des objectifs chiffrés. Les citoyens attendent de nous de proposer des solutions.

Nous constatons d’autre part une autre tendance à dénigrer le rôle du pouvoir fédéral dans les matières relatives aux politiques énergétiques alors que ses compétences fiscales et de régulation du marché, ses compétences en matière de produits et de protection du consommateur, son rôle au sein des instances de l’Union, font du niveau fédéral un acteur incontournable de la politique climatique.

C’est donc pour nous insurger contre ces tendances que nous persistons à vouloir donner du corps et du cœur à une résolution de la Chambre sur la conférence de Bali.

Mes collègues ont insisté sur les engagements que la Belgique se doit de prendre pour diminuer en sa consommation intérieure et ses émissions. A mon tour, je voudrais insister sur notre responsabilité vis-à-vis des pays du Sud dont nous avons trop tendance à pomper les ressources pour assouvir un mode de consommation non soutenable. Nous avons une dette écologique importante, l’essentiel de l’impact de notre consommation pèse sur les pays du Sud.

Depuis l’annonce de l’objectif européen de pourvoir à 10% des besoins en carburant par des agro-carburants, certains pays du Sud investissent dans des monocultures intensives au dépens des cultures vivrières et des droits sociaux, avec des conséquences négatives sur l’environnement, la forêt et la biodiversité. La déforestation opérée pour planter des plantes énergétiques provoque en soi des émissions de CO2 considérables. Donc, non seulement l’effet de réduction des émissions n’est pas atteint, mais aussi les écosystèmes sont détruits et les populations indigènes perdent leurs ressources.

Si nous remplaçons nos importations d’énergie fossile partiellement par des importations d’énergies renouvelables, nous devons pouvoir garantir que leur exploitation ne détruise pas les ressources des pays du sud.
En matière de carburants, la meilleure solution reste de toute façon de réduire la demande et de mettre un frein à l’expansion du trafic routier et aérien.

Enfin, la conférence de Bali portera une attention particulière à la déforestation tropicale, malheureusement toujours en cours et qui contribue pour 20 % à l’émission des gaz à effet de serre et a un impact négatif sur la capacité d’absorption des puits naturels et la biodiversité ainsi que sur les moyens d’existence des communautés rurales. Comme les associations nous le demandent, nous devons de toute urgence participer à la mise en place d’instruments efficaces incitant à réduire la déforestation.

La Belgique a une responsabilité particulière vis-à-vis du Congo qui possède un patrimoine forestier d’une valeur inestimable. Ses massifs sont toujours en danger et soumis à forte pression, il nous incombe d’apporter un soutien technique à des méthodes de gestion durable et d’éviter toute importation illégale en provenance de zones protégées.

Mesdames et Messieurs, le changement climatique fait déjà de nombreuses victimes : 250 millions cette année en Asie du Sud, en Afrique et au Mexique…
La Belgique est encore considérée comme un cancre énergétique et a beaucoup à gagner à rattraper son retard. Soyons donc audacieux et généreux. … osons la solidarité avec les générations futures !

Thérèse Snoy

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