Une histoire de chemin qui en dit long !

A Bois Seigneur Isaac autrefois, on voyait passer le tram ! Venant de Braine l’Alleud par la vallée du Hain, il passait en contrebas d’Ophain, puis après le hameau des Culots, il courait le long du bois du Drape, croisait la petite route en pavés qui venait aussi de Braine et rejoignait la chaussée de Hal où il rencontrait son frère venant de Braine le Château. Là, il y avait la « gare du Tram » avec des voies de garage et possibilité de correspondance et continuation vers Nivelles. Bref, le même trajet que suit le bus aujourd’hui avec le charme en plus d’être dans la nature.

Le tram vicinal fut supprimé en 1958 à peu près, la route fut rectifiée, élargie et macadamisée, et le bus remplaça le tram.

Mais qu’advint il des voies ? Leur assise fut rachetée par morceaux, les propriétaires des parcelles adjacentes étant les premiers servis. Heureusement que la SNCB n’a pas fait la même erreur avec ses voies désaffectées qui deviennent aujourd’hui les « RAVEL » tellement appréciés par promeneurs et cyclistes. La voie du tram devint donc essentiellement un chemin privé et parfois le chemin disparut et il resta des lignes d’arbres sur un remblai.

Sur le territoire de Bois Seigneur, la voie du tram subsista comme chemin dans le bois du Drape. Je suis l’indigne propriétaire (par héritage) de la partie supérieure de ce bois et le chemin reste ouvert aux promeneurs, en prolongation de la partie basse, devenue réserve éducative communale. Pas de problème de ce côté donc !

Après le croisement avec la route, le chemin sert d’accès aux terres agricoles, mais n’est pas ouvert au public. Pourtant il constituerait une voie de traverse idéale pour les promeneurs qui voudraient joindre la route d’Ophain à la route de Braine le Château. Et c’est là que çà se corse !

Depuis de longues années, ceux qui malgré tout s’y aventuraient étaient désolés de constater de plus en plus de dépôts de déchets de tous genres : bricaillons et même blocs de béton, déchets de jardin, une vieille carcasse de voiture, plastiques agricoles, ce pauvre chemin devenait une décharge de plus en plus sinistre. Une vieille machine agricole a même été placée en plein milieu du passage et une partie du parcours a été reboisé, ce qui arrangeait les chasseurs, heureux que cet espace soit déserté. Avouons qu’à Bois Seigneur, personne n’était vraiment innocent de cette évolution. La voie du tram était un espace « trou », on ne voulait pas trop savoir ce qui s’y passait.

C’est alors que les Amis d’Isaac, le comité local, ont mis les pieds dans le plat ! Malgré le caractère privé du lieu, ils ont décidé de nettoyer le chemin de ses déchets et de lui rendre sa « virginité ». Ainsi fut fait au début mai 2006. Il faut savoir que les Amis d’Isaac, organisateurs de la fête médiévale du « 600è » en 2005 savent être très efficaces grâce à leurs bras vigoureux mais aussi à la collaboration de fermiers bien équipés et à l’aide bienveillante de la commune. Depuis le 13 mai, le chemin est propre et les beaux paysages qui se dégagent vers Braine et Waterloo d’une part et vers l’ensemble de l’abbaye de Bois Seigneur d’autre part, sont un plaisir pour les yeux.

Mais le problème de l’accès n’est par contre pas réglé  ! Tant les Amis d’Isaac que d’autres villageois aimeraient ouvrir ce chemin à la promenade pédestre et cavalière, mais ils se heurtent aux titulaires du droit de chasse, dans la mesure où ce sont les seuls qui payent ce droit. Les propriétaires les couvrent, eux qui n’habitent pas le village et à vrai dire s’en fichent. Les chasseurs se targuent d’arguments écologiques comme quoi ces lieux sont le refuge de la faune sauvage et que le passage de promeneurs avec chiens va la perturber. Pas faux !

Là où on se rejoint quand même, c’est qu’on voudrait éviter le passage intempestif des « quads » et 4×4 et surtout éviter de nouveaux dépôts de déchets.

Le principe d’une barrière amovible a donc été accepté, même par les chasseurs, mais est aujourd’hui contestée par le fermier dont les clients font des promenades à cheval. Cela a crispé le titulaire du droit de chasse, qui maintenant ne veut plus rien du tout, et affirme que ce chemin n’est pas un chemin, argument qui est juridiquement exact, mais difficile à défendre socialement.

Pas de solution en vue pour le moment ! Ce que j’en retire en tout cas, ce sont les leçons suivantes :

– Il y a un fossé social et culturel entre les gens qui voient la nature comme un paysage et un espace à contempler et ceux qui utilisent la nature comme un espace pour produire. La chasse fait encore partie de la production, même si c’est un loisir. Dans une commune comme Braine l’Alleud, les deux besoins coexistent.

– Les consommateurs de nature que sont les promeneurs, cyclistes, cavaliers, et motos vertes doivent vraiment être éduqués au respect de la production agricole et de la gestion forestière et cynégétique, sans quoi leur attitude provoquera toujours la crispation des gestionnaires. Une sensibilisation s’impose à l’initiative des pouvoirs publics.

– Tant que les chasseurs payeront un droit de chasse aux propriétaires et que les promeneurs ne paieront rien, les premiers sont gagnants. Les chasseurs sont utiles aux propriétaires et aux cultivateurs dans leur rôle de surveillance. Ils permettent aussi la préservation de zones sauvages au milieu des zones cultivées.

– Dans un village où chacun a un rôle et est nécessaire au bon aménagement des lieux, on ne peut se permettre un conflit. Il faut donc compter sur le temps et la diplomatie. Il faut parler et parler encore pour que chacun se sente respecté dans son travail, dans ses attachements et ses traditions.

La démocratie est très compliquée, même à l’échelle d’un village comme Bois Seigneur !

Comments (1)

Benoît Dupretdécembre 19th, 2008 at 20:37

Bonjour Thérèse,
Et pourquoi ne pas demander à la Commune ou la Province d’acquérir ce bout de terrain de le mentionner à l’Atlas des chemins vicinaux ?

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